Carte blanche du Télégramme. « Décentralisons la décentralisation », par Philippe Noguès député du Morbihan.

Décentraliser davantage tout en conservant un État fort, garant de la solidarité nationale : c’est la problématique à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés.

La région est l’échelon le plus indiqué pour mener cette réforme. Les départements sont devenus des espaces obsolètes, déconnectés des bassins de vie. La proposition d’assemblées régionales, qui exerceraient les compétences actuellement dévolues aux Départements et aux Régions, pourrait sans doute constituer une base de travail.

Mais au-delà, il faut organiser la décentralisation… au sein des régions, au risque de remplacer le jacobinisme national par des jacobinismes régionaux.

Les communes sont trop nombreuses, et souvent trop petites. Je propose que l’on s’appuie sur les communautés d’agglomération, redessinées en « pays » pour épouser au mieux les bassins de vie, sans forcément se préoccuper des périmètres départementaux.

Découpés en « arrondissements », regroupant plusieurs communes, ces « pays » seraient la base de la réorganisation territoriale. Ils exerceraient également des compétences spécifiques et assureraient ainsi la continuité d’un niveau élevé de service public. Chaque « arrondissement de pays » désignerait ses représentants au suffrage universel direct, selon un mode de scrutin garantissant une représentation équitable de chaque partie du territoire, urbaine ou rurale. Cette gouvernance démocratique m’apparaît primordiale pour que les citoyens s’approprient ces nouveaux espaces de décision.

En bâtissant ainsi une véritable République décentralisée, on répondrait aussi aux mouvements populistes qui, à l’image des Bonnets rouges, présentent l’État comme responsable de tous les maux.

Et on se prémunirait par la même occasion face au risque de régions en rivalité. La France s’est bâtie en unissant ses territoires – parfois sous la contrainte il est vrai – et la Bretagne, comme les autres régions, en a bénéficié. Faisons en sorte de ne pas revenir 500 ans en arrière… au temps des féodalités !